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Le legs de Sylvain

Date: 2011-04-13 23:45:15 | Catégorie: Politiques culturelles | Commentaires (5)

Le legs de Sylvain

Programme d’aide aux créateurs: 10 ans déjà

Instrument central de la Politique canadienne sur l’enregistrement sonore énoncé en juin 2001, «Des créateurs à l’auditoire», le Fonds de la musique du Canada a maintenant dix ans (un autre héritage de Mme Copps). Fruit des représentations soutenues de la SPACQ, le soutien dévolu au développement des créateurs, tant au plan artistique qu’à celui de la professionnalisation, a depuis permis de structurer une offre vivante de formation continue. Le travail inlassable des Sylvain Lelièvre et Robert Léger pour affirmer la pertinence de la formation en chanson et reconnaître les compétences propres à cette discipline sont finalement inscrits dans une politique. Il aura fallu une décennie de représentations, et les impulsions initiées au Collège de Maisonneuve par Lelièvre, au Collège de Rosemont par Robert Léger ainsi qu’au Carrefour chanson SOCAN du Festival international de la chanson de Granby, pour obtenir l’aide qui allait donner naissance au Réseau national des Galas de la chanson et aux ateliers de la SPACQ (sans oublier les premiers souffles de l’École nationale de la chanson).

C’est incidemment au printemps de 2002 que les premières aides à la formation nous furent octroyées. Ce jour mémorable est le 30 avril, jour du décès de Sylvain Lelièvre. Neuf ans déjà qu’il nous a quittés, dixième saison d’Aide aux créateurs qui débute. Difficile de ne pas considérer ce programme comme un legs.

Lelièvre a essaimé le goût du travail achevé, valorisé l’artisanat littéraire (il aurait souhaité trouver un mot traduisant craftsmenship: le métier). S’il a donné ses lettres de noblesse au métier par son œuvre, il a contribué à promouvoir le compagnonnage, comme cela se fait de longue tradition dans les métiers. Sylvain a déjà raconté qu’au décès de son grand-père menuisier, au moment d’exécuter la succession, la famille s’est retrouvée dans son atelier, entourée d’outils dont il ignorait l’usage et le nom. On imagine qu’il a pris, ce jour-là, la résolution de nommer et transmettre les outils d’écriture (ce à quoi la SPACQ s’applique – bonjour l’allitération! – à la faveur de ce programme).

Le Festival en Chanson de Petite-Vallée aura été l’un de ses principaux ateliers de partage, d’émulation, de collégialité. Anecdote: au sortir d’une semaine d’ateliers, alors que nous lui demandions ses disponibilités pour organiser un week-end de ressourcement en écriture sous sa gouverne, sa réponse spontanée: «S’il y a un week-end de ressourcement, je veux être participant, pas professeur». Authentique collégialité.

De même, s’il s’est battu pour qu’on reconnaisse le métier et les besoins de formations en chanson (arguant entre autres l’existence d’écoles de théâtre, de cinéma, de cirque, d’humour), il a aussi joué un rôle assidu dans la défense des droits d’auteur, en particulier sur les exceptions. Il en aurait long à redire dans cette cabale où des maisons d’enseignement mêmes militent pour des exceptions à la propriété intellectuelle…

Outiller le créateur, protéger l’œuvre. L’histoire continue.

Créativité SVP

Le Fonds de la musique et le Programme d’aide aux créateurs rencontrent des besoins bien réels. Voués au développement des compétences et des affaires artistiques, ces programmes remplissent une partie de la politique canadienne inscrite dans la mission de Patrimoine canadien.

Nous en appelons à la créativité de la classe politique pour assurer une véritable mise à jour de la Loi sur le droit d’auteur qui répond aux avancées technologiques, d’une part, et présente un cadre viable pour nos droits, d’autre part.

Tel que déposé à répétition par les conservateurs, le projet actuel de révision rassure les empires du jeu vidéo et l’industrie hollywoodienne. Pas de mal à cela, certes. Mais l’immense éventail des créateurs canadiens, de toutes disciplines, laissés pour compte dans cet exercice, a tout lieu d’appauvrir les artisans comme l’industrie et, ce faisant, l’offre et la diversité du contenu canadien.

Lelièvre est parti vite. Mais les pas de tortue, s’ils s’avèrent porteurs d’une valeureuse protection pour le droit d’auteur, seront les bienvenus à l’arrivée.

* * *

Je joins à ce billet une lettre publiée à la mémoire de Sylvain lors du premier anniversaire de son décès.

Salut Sylvain

Poisson du dernier jour d’avril

Salut Sylvain

Comment ça va vieux frère

Toi l’ami qui jamais

Ne lira cette lettre

Toi l’ami que j’aimais

Voir et revoir naître

Toi l’ami

Toi l’auteur

Toujours à la hauteur

Du plus beau métier

Croque-note aux coulisses

De notre quotidien

Chroniqueur sans malice

De nos petits matins

De Limoilou à Tombouctou

Et de Lascaux à Gravelbourg

Pêcheur de vers, fileur de perles

Poisson du dernier jour d’avril

Colporteur de choses inutiles

De Cole Porter, de jazzouillis

Toi l’ami, le mentor

Que je consulte… encore

Toi l’ange qui prend l’air

D’un oiseau de passage

Homme de parole

Homme de famille

Parrain qui sous son aile

A couvée tant de plumes

Une main sur le cœur

L’autre sur le piano

Mais où cachais-tu celle

Qui accouchait des mots

Toi l’ami, le grand frère

Consciencieux confrère

Qui tend l’oreille

La main, le verre

Frère de sens, militant

À la droiture tout de gauche

J’ai vu ta plume faire flèche

À la défense du droit d’auteur

Toi l’ami, qui a mis

Nos tableaux en chansons

Nos chansons au tableau

Toi que chacun ici

Considère comme le père

De la pédagogie chansonnière

…dire qu’il t’aura fallu

Pour prêcher par l’exemple

Faire l’école buissonnière

De recueil en roman

De poème en chanson

De partitions en plaidoyers

De tables rondes en escalier

Tu nous lègues des crus

Qui resterons sans âge

…et qui font tellement de bien

Qu’on s’sent mal un p’tit brin

Et merci pour cette autre leçon

Jolie leçon d’humilité

Que d’avoir su autant donner

À ce métier, dans le dos de la gloire

Car bien malin qui pourrait dire

De tes chansons ou de ta vie

Quelle œuvre est la plus accomplie

30 avril 2002

Petit matin sans horizon

Où ta présence à la radio

Réveille une sorte d’inquiétude

Un petit désespoir

…confirmée les manchettes

  • Louise Aubé 2011-04-15 14:50:45

    Merci Mario pour ce beau texte!


  • Pierre René de Cotret 2011-04-18 13:41:47

    Trois observations: - Mario, ton texte est vraiment bien écrit...! Démonstration par l'exemple du travail de l'artisan - on n'a pas le nom du signataire de la lettre ouverte? - J'aime l'anecdote de Sylvain et les ateliers de ressourcement Salutations!


  • Michel 2011-04-14 15:41:10

    .. Salut Mario... 11 ans déjà... merci pour le rappel... si j'ai quitté les plaines pour habiter Montréal, c'était en partie à cause de lui.. et si j'ai un jour chanté Gravelbourg à Limoilou, c'était pour lui dire merci..


  • charly bouchara 2011-04-14 13:56:25

    ...Merci Mario pour ces infos. Et un immense merci pour ce texte si... parlant... pour nous rappeler ce grand bonhomme.


  • Louise 2011-04-15 11:03:00

    Il ya dans ce monde, des pionniers qui ont ouvert le chemin, et ceux qui continuent à y marcher. Merci à Sylvain Lelièvre de continuer à vivre à travers ceux qui ont cette conscience de la beauté et de l'importance de l'art dans ce monde.


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